La folle tentative d'Aubervilliers

Résidence permanente à Aubervilliers

Pensée des flux, du rêve comme moteur de l’action politique, de la tendresse collective, des richesses immatérielles, de la mémoire poétique de la ville, de l’échelle humaine et de la divergence. 

 

Depuis 2009, Les Souffleurs commandos poétiques développent à Aubervilliers  « La Folle Tentative » : une œuvre de poétisation permanente du territoire albertivillarien. Cette aventure donne lieu à des propositions artistiques qui tentent de transformer le monde, juste un peu, en tissant des liens avec les habitants, les associations, les élus et les commerçants de la ville. 

Pour suivre les dernières actualités de la Folle Tentative d'Aubervilliers, c'est ICI

Pour consulter le précédent blog de la Folle Tentative d'Auber-villiers, c'est ICI

Petit Endroit du privilège pour les services techniques de la ville d'Aubervilliers (93)

©Les Souffleurs commandos poétiques


[2011 > 2015] LE PREMIER TRÉSOR POÉTIQUE MUNICIPAL 

Mise en valeur des richesses immatérielles des habitants d'Aubervilliers (93)

Cette année encore, le Trésor poétique municipal vit grâce au flot de textes qui le nourrit et des rencontres qu’il provoque.

Aubervilliers est une ville-monde. On estime que plus de 90 langues maternelles y sont parlées. Un patrimoine culturel et poétique d’une richesse inestimable. Un Trésor.

Epopée ethno-poétique, le Trésor poétique municipal est d’abord un voyage autour du monde à l’échelle de la ville, à la recherche des paroles poétiques dormantes issues de ses communautés linguistiques.

Depuis 2011, plus de 270 textes ont été cueillis ou recueillis dans le « Grand Livre » du Trésor, et ce dans plus de 50 langues. Fonds créé expressément aux archives municipales, il se gorge de nouveaux textes chaque année lors de la journée du « Versement dans le Grand Livre », pendant les Journées européennes du patrimoine.

 

Les textes sont glanés par les Souffleurs commandos poétiques au fil de rencontres, de moments conviviaux ou d’événements particuliers. Mais ils sont aussi débusqués lors de manufactures spécifiques tissées en lien avec des associations de la ville. Ainsi, depuis 2014, nous travaillons en lien étroit avec l’Association Solidarité Emploi d’Aubervilliers (ASEA).

 

 


[2011 > 2015] L'INDICE DE TENDRESSE COLLECTIVE

Programme de recherche-action issu de la quatrième délibération votée à l'occasion du Conseil municipal extraordinaire du 20 octobre 2011

Les Souffleurs ont initié et collaborent à un programme de recherche-action mené en partenariat avec le Campus Condorcet Paris-Aubervilliers Cité des humanités et des sciences sociales, visant à définir un instrument de mesure de la « Tendresse collective ».

 

 

« Ce qui m’a beaucoup intéressée dans ce projet d’indice de tendresse collective, c’est l’idée de s’intéresser aux formes de félicité, dans la mesure où c’est un objet à peu près inexistant en sociologie, et surtout lorsqu’il s’agit de formes de félicité entre inconnus. »

 

Alexandra Bidet

(chargée de recherches en sociologie au CNRS)  

 

première réunion de travail [22 octobre 2013]


Sous l’impulsion de Marc Guerrien, élu délégué à l’enseignement supérieur pour la Ville d’Aubervilliers, le Président du Campus Condorcet, Jean-Claude Waquet, a proposé à Bénédicte Zimmermann, Directrice d’études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (qui a notamment coordonné l’ouvrage collectif La Liberté au prisme des capacités. Amartya Sen au-delà du libéralisme, Paris, EHESS, Raisons pratiques, 2008), de rencontrer les Souffleurs.

 

 

Ainsi, à Jean-Claude Waquet, Bénédicte Zimmermann et Marc Guerrien se sont associés sur le projet trois chercheurs en sciences sociales : Alexandra Bidet (chargée de recherches en sociologie au CNRS), Denis Laborde (directeur de recherche au CNRS, Directeur de la Collection Anthropologie du Monde Occidental aux éditions L’Harmattan) et Laurent Thévenot (Directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Membre du Laboratoire de Sociologie Quantitative au Centre de recherche en économie et statistique - CREST - INSEE).


[2009 > 2014] LES POÉTIQUES SENTINELLES D'AUBERVILLIERS : LE TAMBOUR URBAIN  

Le journal des annonces poétiques de la ville 

« […] Le Tambour urbain d'Aubervilliers est un bulletin des annonces poétiques de la Ville, une réhabilitation urbaine et contemporaine du tambour champêtre. Sa création découle d'un constat largement partagé : malgré les sites Internet, les journaux locaux et nationaux, les réseaux sociaux, les smartphones et toutes les inventions des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, nous ne nous sentons pas personnellement informés sur notre environnement, sur ce qui façonne en profondeur nos conditions de vie. Devant ce paradoxe de la modernité, les Souffleurs commandos poétiques proposent de revenir au corps, à la chair, à la forge thoracique, à la corde vocale : faire de la voix humaine l'outil essentiel de la transmission ».

 

 

 

Olivier Comte

pour les Souffleurs commandos poétiques


[2012 > 2013] LES LEVÉES DE RIDEAUX

Hommages aux petits commerçants. Ceux sans qui le quartier boiterait

« Dimanche 1er juillet 2012. 8h00.

Alors qu'en centre-ville grondent les préparatifs de la fête de la Ville et des Associations, dans le quartier Cochennec-Péri, les clients habituels de la librairie-papeterie de M. Harkati – les habitués – se réunissent. Ils sont une dizaine ce matin-là à attendre « chez Pascal », le voisin de la librairie-papeterie, qui a ouvert son petit jardin pour l'occasion. Trac. Impatience. Attente. Puis une Souffleuse, postée dans le bar d'en face, repère l'arrivée de M. Harkati. Annonce relayée dans le jardin, sortie des habitués dans la rue, qui se regroupent devant le rideau de fer baissé de la librairie. On entend qu'à l'intérieur, une clef se glisse dans la serrure du rideau de fer : ouverture. Face à M. Harkati médusé, applaudissements silencieux. Puis disparition. Sur une marche, un recueil de poèmes arabes est laissé à la vue de M. Harkati. Il est dédicacé par tous les habitués.

Nous déjeunons ensuite dans la boutique de quartier, ouverte spécialement pour l'occasion. Étonnement de M. Harkati, qui passe quelques appels ou laisse des messages : « Tu étais là ce matin? », « C'était bien toi? » Puis plus rien que le silence déposé par cette tendre surprise.

 

Enfin, quelques jours plus tard, arrive « le cadeau ». Dans la librairie-papeterie, les habitués se réunissent. Ils sont plus nombreux que la première fois. La fille de M. Harkati et des amis se joignent à nous pour un glissement de bulles et de mots. M. Harkati est soufflé à l'éventail, en arabe. Des mots d'ailleurs, des mots du pays. Pour célébrer l'instant, on sert un apéritif au goût très local. »


[2011 & 2013] CONSEILS MUNICIPAUX EXTRAORDINAIRES

Réactiver le rêve comme moteur de l'action politique

Les Conseils municipaux sont conçus comme des œuvres de poétisation du territoire, de l’espace public et démocratique. Ils ont pour objet de travailler le champ politique au travers de la mobilisation citoyenne des habitants de la ville – et ce en lien direct avec les élus.

 

Jeudi 20 octobre 2011. Hôtel de Ville. Stéphane Hessel, citoyen d'honneur de la Ville d'Aubervilliers, préside ce Conseil municipal extraordinaire sur le rêve en présence de Jacques Salvator, Maire d'Aubervilliers, des élus municipaux et de près de trois cents Albertivillariens.

 

L’ordre du jour : « Ils ont échoué parce qu'ils n'avaient pas commencé par le rêve », phrase communément attribuée à Shakespeare.

En amont de ce Conseil municipal, les Souffleurs commandos poétiques se sont livrés à des « cueillettes des rêves des habitants pour eux-mêmes dans la ville ». Ils ont dressé un constat, celui de l'état « calamiteux » du rêve à Aubervilliers. Ces recueils de rêves leur ont inspiré la rédaction des délibérations poétiques soumises au vote du Conseil municipal extraordinaire. Un appel aux élus a aussi été lancé pour recueillir leurs propositions de délibérations poétiques.

 

Le jour du Conseil municipal extraordinaire, les Albertivillariens ont répondu à l’appel; ils ont été près de trois cents à envahir la mairie. Une retransmission du Conseil a dû être mise en place dans une salle adjacente. Puis un débat a eu lieu sur « le rêve comme moteur de l’action politique », mené sur le ton des conseils municipaux ordinaires. 

 

 

Les quatre délibérations poétiques ont été votées à l’unanimité, devant une salle plus que comble :

 

> Création du « Grand Dépôt » d'Aubervilliers dans les archives de la Ville. Premier Trésor poétique municipal au monde (collecte des paroles poétiques dormantes dans l'intimité des 93 langues parlées à Aubervilliers, réalisée par les Souffleurs).

 

> Extension et « municipalisation » de Rues silencieuses. Augmentation progressive du potentiel de sérénité collective de ce projet.

 

> Inscription du « Projet dit impossible » à l'ordre du jour d'un Conseil municipal extraordinaire au mois d'octobre de chaque année.

 

> Création d'un système de mesure de l'Indice de Tendresse collective. 

 

Affluence donc. Influence des commandos poétiques et harangueurs sur le marché, dans le métro, dans les lycées, dans les rues, invitant à envahir massivement la mairie. Influence des tracts, de l’affichage, des annonces dans la presse, sur le web. Influence du rêve sur la ville? Un nouveau moment impossible a existé. Une œuvre collective.

 

Un second Conseil municipal extraordinaire s’est tenu le 24 octobre 2013, cette fois-ci sous la présidence du Père Christian Delorme, initiateur de la longue Marche des Beurs, marche pour l’égalité et contre le racisme.

 

Lors de cette séance, le conseil a validé le protocole visant à dresser chaque année des Portraits de ville à partir de projets « dits » impossibles déposés par les habitants d’Aubervilliers. Il s’est aussi engagé à se donner la possibilité de réaliser un projet « dit » impossible, à se donner la possibilité de rêver à un autre projet qui serait une synthèse de toutes ces propositions et à continuer à faire en sorte que la création des conditions du rêve dans la ville fasse partie des missions des personnels de mairie, et qu'ainsi, certains d'entre eux constituent le « comité de réflexion du rêve sur la ville ».


[2010] RUES SILENCIEUSES

Ce matin-là…

Les Souffleurs commandos poétiques étaient partis à la recherche des bâtisseurs d'Aubervilliers. Ils avaient rencontré les clubs de foot, de boxe, de nage, de tricot, de hand, de volley, lancé des appels, lancé des inscriptions, dressé des commandos harangueurs. Ils avaient procédé à des repérages, des estimations, délimité une zone de chuchotement poétique pour que le jeudi 16 décembre 2010, entre 7 et 8 heures du matin, deux cents habitants soient là et s’improvisent en « pousseurs de voitures ».

Ce matin-là, agents municipaux, habitants, membres d’associations sont arrivés en retard au travail parce qu'ils souhaitaient « légèrement modifier les indices du monde ».

 

 

Ce matin-là, les habitants de la rue de la Courneuve, de la rue Charron, de la rue du Moutier et de la rue du Docteur Pesqué se sont réveillés au son de l'accordéon et ont ouvert leurs fenêtres sur un silencieux ballet automobile.

Une heure durant, les voitures ont glissé sans bruit, moteurs éteints, poussées par les bras des hommes et des femmes réunis pour l’occasion, dans cette « Zone de chuchotement ».

 

Il s'agissait de transfigurer poétiquement le quotidien routinier d'une rue dans sa tranche horaire la plus redoutée – l'heure « de pointe » – sans ralentir le flux, mais en modifiant légèrement les indices du monde. Et de laisser le souvenir d'un moment incroyable.



Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Ile-de-France – Service du développement et de l’action territoriale / Ministère du Logement et de l’Égalité des territoires – Politique de la Ville – Ville d'Aubervilliers.